Revue de presse Marcel Broodthaers

Date : JUIN 15
Page de l'article : p.28
Journaliste : Ingrid Luquet-Gad
/ C. Penwarden
Pays : France
Périodicité : Mensuel
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expositions
Marcel Broodthaers
Monnaie de Pans/18 avril-5 juillet 2015
C est une premiere jamais le
Musee d'Art Moderne Departement des Aigles projet majeur de
l'œuvre de Marcel Broodthaers
n'avait ete présente de maniere
aussi aboutie qu'a la Monnaie de
Paris Sur les huit annees que dura
la carriere artistique de celui qui,
d'abord a ete poète, proche des
surréalistes belges le Musee en
occupe quatie Quatre annees duiant
lesquelles il se coula dans la peau
d'un directeur et conservateur de
musee, renonçant a toute autre activite Un « musee fictif », inaugure
le 27 septembre 1969 dans l'appartement qu'il occupe à Bruxelles,
et baptise d apres un « souvenir litteraire», l'un des vers de Broodthaers poète « O melancolie, Aigre
château des Aigles»
L'époque est alors a la remise er
question des rapports entre art et so
dete En 1968 Broodthaers participe
Vues de I exposition a la Monna e
ae Paris 2015 (Ph A Morin) Exh Dillon
view Monnaie de Paris
a I occupation du Palais des BeauxArts de Bruxelles, il organise une discussion a son atelier Les chaises
venant a manquer, il décide de faire
livrer des caisses par une societe de
transport Sur celles-ci, il écrit des
termes se rapportant au monde de
l'art œil - chevalet - galerie - huilecollectionneur - filou Les mots
remplacent les œuvres, les hierar
chies sont proscrites Prolongeant le
geste duchampien, Broodthaers déclare que cet espace est un musee
Tout est la dans cet environnement
dont la reproduction de 1975 la
Salle Blanche, ouvre le parcours d la
Monnaie de Paris I heritage oe Magritte les mots qui fonctionnent
comme des objets, la totalisation des
mécanismes de l'ait I appel a des ac-
teurs exterieurs la parodie qui se
joue de l'institution Par la suite, le
musee fictif voyagera, héberge par
des musees bien réels donnera
lieu a des vernissages, s'agrandira
de diveises sections thématiques
ou se côtoient œuvres, objets et
reproductions
La question, épineuse, de la reconstitution a la mort de I artiste a ete
tranchée en faveur du point de vue
« poétique » Si les douze sections
sont toutes reunies l i n a j a m a i s
ete question de prétendre a une
exhaustivite impossible, maîs plutôt
de montrer le fonctionnement
d'une parodie qui se nourrit et
s'agrandit de son appareillage En témoigne la place de choix accordée
a la vingtaine de Lettres ouvertes
adressées à des personnalités du
monde de l'art, lettres qui ancrent
I existence dans le Musee, dans le
reel tout en venant ensuite rejoindre les objets exposes
Dense, complexe, d une richesse a
couper le souffle, le Musee n en
finit pas d'ouvrir des portes dérobées
qui se révèlent souvent des impasses pour qui cherche à en em
brasser la totalité du sens Un jeu
complexe entre verite et fiction
une fiction qui « permet de saisir la
vente et en même temps ce qu'elle
cache », qui est le gage de son efficacité Et de son actualite, resonnant en cela avec I une des œuvres
les plus fortes de ces dernieres an
nees, le projet The Atlas Group
(1989-2004) centre de recherche
magmaire de Walid Raad, qui « archive ce qui aurait pu être » en me
Sant archives visuelles sonores et
littéraires réelles ou fictives
Ingrid Luquet Cad
Never before Mas the Musée d'An
Moderne Departement des Aigles, one of Marcel Broodthaers'
major projects, been présentée)
asfully as it is hère at the Monnaie
de Paris Origmally a poet close to
the Belgian Surrealists, Broodthaers' artistic career was short,
eight years, and four of them
weretaken up by the Musée Dûring that time he adopted the persona of muséum director and
curator, giving up all other activites. Mis "fictive muséum" was
maugurated on September 27,
1969, in his own apartment in
Brussels. Us name came from a
line in one of his poems, "Souvenir
litteraire" "O mélancolie, Aigre
château des Aigles" (Oh melan
choly, bitter Château des Aigles).
Tous droits réservés à l'éditeur
This was the gréât penod of
contestation, which also embraced
relations between art and society
ln 1968 Broodthaers was one of the
artists occupying the Palais des
Beaux-Arts in Brussels He also organized a discussion in his studio
When they ran out of chairs, he
had a transport company deliver
crates, and on these he wrote
words relating to art 1 oeil (eye),
chevalet (easel), galerie (gallery),
huile ( o i l ) , collectionneur ( c o l lector), filou (thief). The words
replaced works Hiérarchies were
banned Extending Duchamp's
action, Broodthaers declared the
space a muséum.
It's all there at the Monnaie de
Paris, starting with the 1975 re
production of this environment,
the Salle Blanche, which combines the heritage of Magritte
(words as objects) with the totalization of artistic mechanisms,
the appeal to outside players,
and parody of the institution.
Later on, this fictive muséum
would travel, be housed by muséums that were very real, giving
nse to openmgs, growmg as it
acquired vanous thematic sections in which works cohabited
with objects and reproductions
The thorny question of the re
creation of the death of the artis!
was settled by taking a more
"poetic" view This exhibition
features all twelve sections but
rather than struggle for an impossible
exhaustiveness,
it
concentrâtes on showing the
workmgs of a parody nourished
and stimulated by its own apparatus For example, the twenty
open letters sent to various art
world figures ground this Muséum in the real, yet are still part
of an exhibition of fictive objects.
Dense, complex, the Musee d'Art
Moderne is full of hidden doors
and openmgs that lead nowhere
Fullness of meaning is elusive in
this complex interplay of truth
and fiction, a fiction that enables
us to "grasp the truth and at the
sa me time what it h i des " lt is all
highly effective, and bas a lot to
say to eur present, one thmks, in
particular, of one of the most powerful pieces of work of récent
years, Walid Raad's imagmary re
search center, The Atlas Group
(1989-2004), which "archives
what could have been" by combining real and fictive archives
(visuals, recordings, texts)
Translation, C. Penwarden
MONNAIES2 0727814400504
Lalibre.be
22 avril 2015
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Marcel Broodthaers, star du printemps
ABONNÉS
GUY DUPLAT>ENVOYÉ SPÉCIAL À PARIS Publié le mercredi 22 avril 2015 à 19h12 - Mis à jour le mercredi
22 avril 2015 à 19h12
ARTS VISUELS
Marcel Broodthaers (1924-1976) en eut souri. Voilà son "musée" installé dans un des lieux les
plus prestigieux de Paris : la "Monnaie de Paris", la plus vieille entreprise du monde où on
frappe la monnaie depuis 1150 ans. Située le long de la Seine, sur le quai Conti, en face du
Louvre, ses prestigieux salons XVIIIe siècle abritent désormais des expositions réputées
"impossibles".
Après avoir ouvert avec "le concerto pour (vrais) hélicoptères" de Stockhausen et l’expo
McCarthy, avec dans les salons une vraie chocolaterie avec ouvrières et production, elle offre
aujourd’hui le "musée d’art moderne, département des aigles" de Broodthaers, une œuvre
qualifiée par Chiara Parisi, la directrice artistique de "fondatrice de l’art du XXe siècle". L’expo
a demandé trois ans de travail, mené avec la veuve de l’artiste, Maria Gilissen, et la fille de
Broodthaers, Marie-Puck.
On pénètre dans la Monnaie par un escalier monumental et un tapis rouge sur lequel est posé
la malle en osier de Broodthaers. On traverse son "jardin d’hiver", son "oasis dans le désert",
rempli de palmiers, de sièges de jardin et de reproductions d’animaux exotiques, un "décor"
montrant que le musée est un lieu de promenade.
Broodthaers, né à Saint-Gilles en 1924, se voulait d’abord poète (ce qu’il restera toute sa vie),
admirant Mallarmé et Baudelaire, comme Magritte. Il publie quelques recueils, fait des films,
des performances. Mais il reste mécontent, écrit-il dans sa célèbre invitation de 1964 : "Moi
aussi, je me suis demandé si je ne pouvais pas vendre quelque chose et réussir dans la vie.
Cela fait un moment que je ne suis bon à rien. Je suis âgé de quarante ans. L’idée d’enfin
inventer quelque chose d’insincère me traversa l’esprit et je me mis aussitôt au travail."
La suite à découvrir dans la Sélection LaLibre.be (seulement 4.83€ par mois)
LE SOIR
Belgique
20 mai 2015
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Marcel Broodthaers, Musée d'Art moderne - Département
des Aigles
Marcel Broodthaers est un artiste polymorphe, poète, plasticien, réalisateur
de films, photographe, qui a anticipé la réflexion sur les rapports entre
l’œuvre d’art, le musée et le public.
Son œuvre résonne tout particulièrement à la Monnaie de Paris qui s’interroge ellemême sur ses collections et sur le parcours muséographique qui ouvrira en
2016. Marcel Broodthaers a créé une production artistique majeure sur une période de
seulement dix années. Abandonnant ses études de chimie en 1942, son travail est
rythmé par la poésie, des publications d’articles et de critiques d’art dans des revues
belges, mais aussi par le cinéma. Ses modèles étaient alors Mallarmé et Magritte qui
l’ont profondément influencé, sans oublier Courbet, David, Ingres et Corot.
En 1962, Marcel Broodthaers est déclaré et signé « œuvre d’art authentique et
véritable » par Piero Manzoni qui lui délivre une carte d’authenticité.
Visite du Soir
F
igure visionnaire et internationale de la contestation dans les années soixante, le Belge
Marcel Broodthaers (1924-1976) est de la trempe d’un Marcel Duchamp ou d’un Andy Warhol.
Comme eux, il a questionné et anticipé le devenir de l’art dans des œuvres-pièges. Ses
interventions ont mis à nu le pouvoir que l’art exerce dans la sphère sociologique, économique
et politique, démonté sa rhétorique.
Entre Duchamp et Magritte : "Ceci n'est pas un musée". Section des Figures (détail), 1972. Copyright André Morin.
Broodthaers, que son père avait rêvé banquier, vécut d’abord poète, dans une complète
pauvreté. Ce jeune homme cultivé au physique avantageux, communiste vite dégrisé, aimait
taquiner le mot, qui ne payait pas. Il fut libraire, brocanteur, critique, réalisateur de courtmétrage avant de devenir par hasard et pour un temps assez bref, plasticien. Un plasticien
très inspiré par les attendus magrittiens et mallarméens.
Evoluant dans les cercles où l’on refaisait le monde, Broodthaers se demanda un jour s’il ne
pouvait pas, lui aussi, faire « quelque chose d’insincère et gagner un peu d’argent ».
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Il passa à l’acte en ancrant dans le plâtre les 50 exemplaires invendus de son recueil de
poèmes « Pense-bête » qu’il exposa comme des sculptures. Il brouillait ainsi le rapport à l’art
et détournait à ses fins la vogue pédante du Conceptuel.
Plaques (Poèmes industriels), 1968-72. Copyright André Morin.
En 1968, année de tous les dangers, il créa chez lui, rue de la Pépinière à Bruxelles, le
fameux « Musée d’Art Moderne Département des Aigles », un musée fictif et itinérant, sorte
d’œuvre en devenir qui allait faire escale à Düsseldorf, à Paris et se voir consacrée en 1972 à
la documenta de Kassel dont Harald Szeemann était le commissaire.
Conceptuelle, tout en étant bien concrète, composée de plusieurs « décors » chaque fois à
construire et à déconstruire, d’innombrables objets, artistiques ou non, inventoriés sous le
label « ceci n’est pas une œuvre d’art », l’entreprise débat de la légitimité du musée sous tous
les angles, y compris la publicité, le merchandising, la reproduction, le transport des
tableaux…
"Jardin d'hiver II", 1974. Copyright André Morin.
Cette vaste installation à tiroirs où Broodthaers déverse sa nostalgie du XIXe siècle, son
amour des livres, de la poésie, et déconstruit la signification des œuvres sous l’image tutélaire
de l’aigle, a été scrupuleusement reconstituée sans être muséifiée dans le magnifique espace
de la Monnaie où elle prend tout son sens.
L’exposition, qui constitue ainsi un nouvel avatar du « Musée d’art moderne », a demandé trois
ans de travail, bénéficié de la collaboration de la veuve et de la fille de l’artiste, sollicité de
nombreux prêteurs. Les sections se succèdent – le Jardin d’hiver sous les palmiers, la Salle
blanche aux murs criblés de mots, le Département des figures et ses quelque cinq cents
objets, artistiques ou pas, la section Publicité et Cinéma… – jouant sur le langage et cachant
une signification parfois si complexe qu’une visite guidée sera la bienvenue. A moins bien sûr
qu’on ne fasse partie des aficionados…
"Salle Blanche", 1975. Copyright André Morin.
(par DANIÈLE GILLEMON - édition du 20/05/2015)
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Journaliste : Laurent Boudier
www.telerama.fr
Pays : France
Dynamisme : 27
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Marcel Broodthaers : l'œuvre loufoque d'un maître du pastiche
Marcel Broodthaers, en manteau noir, accompagne un chameau devant le palais des Beaux-Arts de
Bruxelles.
© Maria Gilissen
Inventeur absurde d'un musée d'art moderne dont il est l'unique conservateur, l'artiste belge a laissé une
œuvre qui interroge le sens de l'art et sa valeur intrinsèque. La Monnaie de Paris lui rend hommage.
Nos amis belges étonneront toujours. Surtout pour le calembour. Prenez par exemple Marcel Broodthaers,
étoile filante de la parodie, né dans la commune de Saint-Gilles, à Bruxelles, en 1924 et décédé à Cologne
en 1976. Après avoir pratiqué pas mal de métiers qui ne rapportaient pas grand-chose, excepté une forme
tenace de liberté bohème – écrivain, poète, libraire, guide d’expositions, journaliste et photographe… – il
entre dans le monde de l’art avec une idée géniale doublée d’un pragmatisme ironique.
Un art caustique sous forme conceptuelle
Ses livres de poésie ne se vendent pas ? Qu’importe, il fera de l’art. « Moi aussi, je me suis demandé si je
ne pouvais pas vendre quelque chose et réussir dans la vie. Cela fait un moment déjà que je ne suis bon à
rien. Je suis âgé de quarante ans. L’idée enfin d’inventer quelque chose d’insincère me traversa l’esprit. Et
je me mis aussitôt au travail… » annonce le carton d’invitation de sa première exposition, à la galerie SaintLaurent à Bruxelles, où il expose une pile de son dernier recueil, Le Pense-Bête (1964), englué dans une
gangue de plâtre. Son constat est lucide : « 'Tiens, des livres dans du plâtre.' Aucun n’eut la curiosité du
texte, ignorant s’il s’agissait de l’enterrement d’une prose, d’une poésie, de tristesse ou de plaisir. Aucun ne
s’est ému de l’interdit. Jusqu’à ce moment, je vivais pratiquement isolé du point de vue de la communication,
mon public étant fictif. Soudain il devint réel. »
« L’idée d’inventer quelque chose d’insincère me traversa l’esprit »
Après des œuvres à fortes tendances surréalistes et régionalistes, comme ses casseroles, remplies à ras
bord de coquilles de moules vides accolées les unes aux autres, ou des bricolages et assemblages d’objets
nés sous la double paternité de son ami Magritte et des ready-made du chef (de file) Marcel Duchamp, son
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art caustique se développe vers une forme conceptuelle. Peu à peu, époque oblige – on est en plein Mai
68 –, il jette des pavés dans le monde de l’art – forcément bourgeois –, en s’interrogeant sur son sens, sa
valeur financière et son statut dans la société contemporaine consumériste.
C’est ainsi qu’il invente, presque par hasard son fameux Musée d’Art Moderne, un vrai musée dont il est
l’unique conservateur, l’ange-gardien, le régisseur et même le guide auto-proclamé. « En 68, peu de temps
d’ailleurs après cette vague de contestation que nous avons connue, quelques amis et moi, des amis où on
retrouvait des gens de galerie, des collectionneurs et des artistes, racontera-t-il dans un entretien, nous nous
sommes réunis pour tenter d’analyser ce qui n’allait pas au point de vue artistique en Belgique, c’est à dire
pour analyser les rapports art et société, et nous avons bavardé puis finalement convenu d’une réunion chez
moi dans mon atelier pour développer cette analyse. On en a parlé pas mal autour de nous et finalement
j’attendais 60, 70 personnes. Cet atelier est assez vide, il n’y a que deux, trois chaises.
Je me suis dit : ‘Comment les asseoir ?’ J’ai eu l’idée de téléphoner à une firme de transport assez connue
ici (Menkès) pour leur demander des caisses à prêter afin que ces gens puissent s’asseoir dessus. (…)
Ces caisses sont arrivées, je les ai disposées ici d’une manière finalement assez particulière, comme on
disposerait, justement, une œuvre d’art. Et je me suis dit : ‘Mais au fond, le musée, c’est ceci’. Alors j’ai
ajouté à ce décor des cartes postales reproduisant des œuvres du XIXe siècle, un peu par provocation, pour
marquer ma distance avec les matériaux en plastique que j’utilisais déjà. Alors j’ai écrit le mot MUSEE sur
mes fenêtres, le mot DEPARTEMENT DES AIGLES sur le mur du fond dans le jardin, et sur la porte d’entrée
de ce jardin, SECTION XIXe SIECLE. Le musée était né, non pas à travers un concept, mais justement
d’une circonstance. Le concept est venu après… »
Le désir de pastiche
Pendant quatre ans, de 1968 à 1972, sur les dix années de sa vie d’artiste, Marcel Broodthaers présente un
peu partout son musée qui croît en salles et en thématiques, mais fonctionne toujours comme une véritable
institution. On visite donc son centre d’art non-sensique avec ses reproductions d'œuvres d’art, ses caisses
de transports, ses inscriptions murales en forme de rébus ou encore des projections de petits bouts de films
en noir et blanc qu’il réalise lui-même. Son musée s’agrandit à mesure que croît le désir de pastiche.
En 1970, il imagine ainsi une section financière, déclarant le musée « en faillite » et émet un vrai contrat de
cession. Le musée est à vendre, contre un lingot d’or ! Le prix de la vente étant fixé à deux fois le prix de l’or :
la moitié pour sa valeur brute, l’autre pour sa valeur artistique. Annoncée sur la couverture du catalogue de
la foire de Cologne 1971, la vente est un bide et aucun acheteur ne s’emballe sur le gag belge à visée arty.
« Ceci n'est pas une œuvre d'art »
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Aussi, en guise d’apothéose, et avant fermeture définitive pour cause de lassitude en 1972, notre artiste
réunit à la Kunsthalle de Düsseldorf sa « Section des figures », où sont rassemblés cinq cents tableaux,
sculptures, pièces de monnaies, objets, antiquités, babioles, publicités, tous glanés dans plusieurs pays
et représentant des aigles. Devant chaque ensemble, qui n’a de valeur que la somme des hobbys de son
glaneur, est posé un cartel qui indique : « Ceci n'est pas une œuvre d'art. » En 1976, après des séjours à
Londres puis à Cologne, Marcel Broodthaers, unique directeur de son musée imaginaire et unique artiste
dans le genre bluffeur, s’éteint le jour de son 52e anniversaire. Et ceci n’est pas une fiction, croyez-le bien.
Ou non.
Bernard Giron, Martial Raysse, et Marcel Broodthaers.
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Marcel Broodthaers, en manteau noir, accompagne un chameau devant le palais des Beaux-Arts de
Bruxelles.
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œuvre qui interroge le sens de l'art et sa valeur intrinsèque. La Monnaie de Paris lui rend hommage.
Nos amis belges étonneront toujours. Surtout pour le calembour. Prenez par exemple Marcel Broodthaers,
étoile filante de la parodie, né dans la commune de Saint-Gilles, à Bruxelles, en 1924 et décédé à Cologne
en 1976. Après avoir pratiqué pas mal de métiers qui ne rapportaient pas grand-chose, excepté une forme
tenace de liberté bohème – écrivain, poète, libraire, guide d’expositions, journaliste et photographe… – il
entre dans le monde de l’art avec une idée géniale doublée d’un pragmatisme ironique.
Un art caustique sous forme conceptuelle
Ses livres de poésie ne se vendent pas ? Qu’importe, il fera de l’art. « Moi aussi, je me suis demandé si je
ne pouvais pas vendre quelque chose et réussir dans la vie. Cela fait un moment déjà que je ne suis bon à
rien. Je suis âgé de quarante ans. L’idée enfin d’inventer quelque chose d’insincère me traversa l’esprit. Et
je me mis aussitôt au travail… » annonce le carton d’invitation de sa première exposition, à la galerie SaintLaurent à Bruxelles, où il expose une pile de son dernier recueil, Le Pense-Bête (1964), englué dans une
gangue de plâtre. Son constat est lucide : « 'Tiens, des livres dans du plâtre.' Aucun n’eut la curiosité du
texte, ignorant s’il s’agissait de l’enterrement d’une prose, d’une poésie, de tristesse ou de plaisir. Aucun ne
s’est ému de l’interdit. Jusqu’à ce moment, je vivais pratiquement isolé du point de vue de la communication,
mon public étant fictif. Soudain il devint réel. »
« L’idée d’inventer quelque chose d’insincère me traversa l’esprit »
Après des œuvres à fortes tendances surréalistes et régionalistes, comme ses casseroles, remplies à ras
bord de coquilles de moules vides accolées les unes aux autres, ou des bricolages et assemblages d’objets
nés sous la double paternité de son ami Magritte et des ready-made du chef (de file) Marcel Duchamp, son
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valeur financière et son statut dans la société contemporaine consumériste.
C’est ainsi qu’il invente, presque par hasard son fameux Musée d’Art Moderne, un vrai musée dont il est
l’unique conservateur, l’ange-gardien, le régisseur et même le guide auto-proclamé. « En 68, peu de temps
d’ailleurs après cette vague de contestation que nous avons connue, quelques amis et moi, des amis où on
retrouvait des gens de galerie, des collectionneurs et des artistes, racontera-t-il dans un entretien, nous nous
sommes réunis pour tenter d’analyser ce qui n’allait pas au point de vue artistique en Belgique, c’est à dire
pour analyser les rapports art et société, et nous avons bavardé puis finalement convenu d’une réunion chez
moi dans mon atelier pour développer cette analyse. On en a parlé pas mal autour de nous et finalement
j’attendais 60, 70 personnes. Cet atelier est assez vide, il n’y a que deux, trois chaises.
Je me suis dit : ‘Comment les asseoir ?’ J’ai eu l’idée de téléphoner à une firme de transport assez connue
ici (Menkès) pour leur demander des caisses à prêter afin que ces gens puissent s’asseoir dessus. (…)
Ces caisses sont arrivées, je les ai disposées ici d’une manière finalement assez particulière, comme on
disposerait, justement, une œuvre d’art. Et je me suis dit : ‘Mais au fond, le musée, c’est ceci’. Alors j’ai
ajouté à ce décor des cartes postales reproduisant des œuvres du XIXe siècle, un peu par provocation, pour
marquer ma distance avec les matériaux en plastique que j’utilisais déjà. Alors j’ai écrit le mot MUSEE sur
mes fenêtres, le mot DEPARTEMENT DES AIGLES sur le mur du fond dans le jardin, et sur la porte d’entrée
de ce jardin, SECTION XIXe SIECLE. Le musée était né, non pas à travers un concept, mais justement
d’une circonstance. Le concept est venu après… »
Le désir de pastiche
Pendant quatre ans, de 1968 à 1972, sur les dix années de sa vie d’artiste, Marcel Broodthaers présente un
peu partout son musée qui croît en salles et en thématiques, mais fonctionne toujours comme une véritable
institution. On visite donc son centre d’art non-sensique avec ses reproductions d'œuvres d’art, ses caisses
de transports, ses inscriptions murales en forme de rébus ou encore des projections de petits bouts de films
en noir et blanc qu’il réalise lui-même. Son musée s’agrandit à mesure que croît le désir de pastiche.
En 1970, il imagine ainsi une section financière, déclarant le musée « en faillite » et émet un vrai contrat de
cession. Le musée est à vendre, contre un lingot d’or ! Le prix de la vente étant fixé à deux fois le prix de l’or :
la moitié pour sa valeur brute, l’autre pour sa valeur artistique. Annoncée sur la couverture du catalogue de
la foire de Cologne 1971, la vente est un bide et aucun acheteur ne s’emballe sur le gag belge à visée arty.
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Aussi, en guise d’apothéose, et avant fermeture définitive pour cause de lassitude en 1972, notre artiste
réunit à la Kunsthalle de Düsseldorf sa « Section des figures », où sont rassemblés cinq cents tableaux,
sculptures, pièces de monnaies, objets, antiquités, babioles, publicités, tous glanés dans plusieurs pays
et représentant des aigles. Devant chaque ensemble, qui n’a de valeur que la somme des hobbys de son
glaneur, est posé un cartel qui indique : « Ceci n'est pas une œuvre d'art. » En 1976, après des séjours à
Londres puis à Cologne, Marcel Broodthaers, unique directeur de son musée imaginaire et unique artiste
dans le genre bluffeur, s’éteint le jour de son 52e anniversaire. Et ceci n’est pas une fiction, croyez-le bien.
Ou non.
Bernard Giron, Martial Raysse, et Marcel Broodthaers.
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Marcel Broodthaers, exposer c’est créer
On connaît mal en France l'œuvre de Marcel Broodthaers, cet artiste belge né 1924 et mort en 1976, âgé
seulement de 52 ans, sa dernière rétrospective, au Jeu de Paume à Paris, remontant à 1991. Pourtant,
même bref, celui-ci a eu une importance considérable dans l'histoire de l'art du XXe siècle et influencé
de nombreux jeunes artistes, dont Tacita Dean et Danh Vo. Situé à la croisée du Pop, du conceptuel, du
minimal et de Fluxus, il se caractérise surtout par la réflexion qu'il établit entre l'œuvre d'art et la valeur
marchande et sa manière de faire de l'exposition une œuvre à part entière. Faisant autant appel aux mots
qu'aux objets, à la littérature qu'à la sculpture, aux films, aux performances, il occupe une place singulière
et originale, qui, à l'instar de Duchamp, mais d'une manière différente, nous a amené à repenser totalement
le statut de l'œuvre d'art. La Monnaie de Paris le célèbre en récréant une de ses pièces les plus fameuses,
le « Musée d'Art Moderne – Département des Aigles ».
Marcel Broodthaers a commencé par faire des études de chimie. Mais il les a vite abandonnées pour
se consacrer à sa vraie passion, la poésie. Pendant plusieurs années, il s'est adonné à cette activité,
fréquentant les milieux littéraire, surréaliste et communiste et se plaçant sous l'égide de Baudelaire, de
Mallarmé et de Magritte. Vers 1946, il s'est même installé comme libraire et bouquiniste à Bruxelles et a édité
ses propres œuvres dans des tirages limités illustrés par des plasticiens de renom. Mais en 1964, à l'âge de
quarante ans, lassé de cette existence précaire, il s'est demandé s'il ne pouvait pas vendre quelque chose
et réussir dans la vie. « Cela fait un moment que je ne suis bon à rien, déclara-t-il sur le carton d'invitation
de sa première exposition. Je suis âgé de quarante ans. L'idée d'enfin inventer quelque chose d'insincère
me traversa l'esprit et je me mis aussitôt au travail. »
Le résultat de ce « quelque chose d'insincère » fut une sculpture qu'il réalisa en plantant dans du plâtre
cinquante exemplaires invendus de son dernier recueil de poésie, Pense-Bête. Et c'est ainsi qu'il passa du
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domaine strictement littéraire à celui des arts plastiques. Mais chez lui, les deux ne furent jamais totalement
séparés et une bonne partie de son activité de plasticien est basée sur la poésie. En témoigne en particulier
l'œuvre qu'il réalisa en 1969, d'après le poème de Mallarmé, Un coup de dés jamais n'abolira le hasard,
qui propose déjà une mise en page bien particulière : il recouvrit de noir les vers du poète pour ne plus
en souligner que la disposition spatiale et en faire ainsi une œuvre abstraite et uniquement graphique. Se
faisant, il cherchait à faire fusionner les langages des formes et celui des mots, ainsi que l'avait fait Magritte
dans ses toiles avec mots (comme Ceci n'est pas une pipe), qui le fascinaient.
Mais en 1968, dans le cadre des évènements qui secouent l'Europe, Marcel Broodthaers devient un des
acteurs majeurs de la réflexion sur les nouvelles relations entre art, société et institutions, en participant
notamment à l'occupation de la Salle de Marbre du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Dans la foulée, il
invite dans son atelier un certain nombre de personnes pour discuter de ce qui n'allait pas du point de vue
artistique en Belgique. Mais l'atelier est vide, il n'a pas de chaises pour les asseoir et il a l'idée alors de
faire appel à une firme de transport pour leur demander des caisses à prêter afin que les gens puissent
s'asseoir dessus : « Je trouvais naturel de les asseoir sur des caisses portant des marques d'emballage se
référant à l'art, c'est-à-dire donc des caisses qui servent à emballer des tableaux, des sculptures, expliquat-il. Ces caisses ont arrivées. Je les ai disposées ici d'une manière finalement assez particulière, comme on
disposerait justement une œuvre d'art. Et je me suis dit : mais au fond, le Musée, c'est ceci. Alors j'ai ajouté
à ce décor des cartes postales reproduisant des œuvres du dix-neuvième siècle. »
Et c'est ainsi, dans sa maison bruxelloise de la rue de la Pépinière, que nait le « Musée d'Art Moderne
– Département des Aigles », dont Broodthaers s'autoproclame directeur et conservateur. Il n'est fait, au
début, que de cette Section XIXe, composée de cartes postales, d'une projection et de caisses vides
de transport d'œuvres, qui va devenir le point de départ de sa renommée internationale. Par la suite, à
chacune de ses présentations dans une ville différente, une nouvelle section s'ouvrira, comme la Section
des Figures, la Section Publicité ou la Section Financière. Et l'institution durera quatre ans. « Le Musée
d'Art Moderne – Département des Aigles, déclarera son créateur, est tout simplement un mensonge et
une tromperie… Le musée fictif essaie de piller le musée authentique, officiel, pour donner davantage de
puissance et de vraisemblance à son mensonge. Il est également important de découvrir si le musée fictif
jette un jour nouveau sur les mécanismes de l'art, du monde et de la vie de l'art. Avec mon musée, je pose
la question. C'est pourquoi je n'ai pas besoin de donner la réponse. » Sous l'aspect sérieux et important du
questionnement, on ne peut bien sûr s'empêcher de déceler l'humour et la dérision caractéristiques d'une
certaine tradition artistique belge.
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L'exposition présentée à la Monnaie de Paris – une ville où Broodthaers n'avait jamais présenté de Section
de son musée -, conçue par Chiara Parisi, la directrice des programmes culturels de l'établissement, et Maria
Gilissen Broodthaers, l'épouse de l'artiste, donne un aperçu des différentes formes que prit ce musée et en
particulier de la Section des Figures, qui fut créée à Düsseldorf en 1972 et qui est entièrement consacrée à
la figure de l'aigle, de l'oligocène à nos jours. Grâce aux prêts de nombreuses institutions et de particuliers,
on peut y voir plusieurs centaines d'objets, peintures, sculptures qui ont la représentation d'un aigle pour
point commun et qui sont accompagnés chacun d'une plaquette disant : « Ceci n'est pas un objet d'art »,
et d'un numéro attribué arbitrairement par l'artiste. En jouant sur l'allégorie du pouvoir et de l'impérialisme
(l'aigle napoléonien), Broodthaers cherche à montrer la puissance du discours sur la perception de l'œuvre
d'art. A l'inverse de Duchamp qui partait d'un simple objet existant (ready-made) pour en faire, par le seul
geste de l'artiste, une œuvre, il prouve que l'œuvre est dans le discours qui la produit plus que dans l'œuvre
elle-même.
Mais l'exposition présente aussi d'autres sections, comme la Section Publicité créée pour la Documenta
de Kassel en 1972 et qui est constituée de photographies et de documents reproduisant la Section des
Figures. Jouant sur la notion de reproductibilité propre à notre époque, cette section introduit aussi l'idée de
publicité qui va de pair avec la consommation. Ou la Section Financière, qui déclare le musée « à vendre
pour cause de faillite » et qui propose un lingot d'un kilo d'or frappé de l'aigle, emblème du musée. Le lingot,
devenu œuvre d'art doit être vendu à un prix calculé en doublant la valeur de marché de l'or, la surtaxe
représentant la valeur de l'art. Ou encore d'autres pièces qui n'appartiennent pas à proprement parler à ce
« Musée d'Art Moderne –Département des Aigles », mais qui pourraient en faire partie, comme des éditions
de Broodthaers, des films (dont l'un est tiré de la fable de La Fontaine, Le Corbeau et le Renard) qu'il a
réalisés ou d'une malle en osier qui accueille le spectateur au pied de l'escalier d'honneur et fait référence
à sa dernière exposition, en 1975, réalisée avec la complicité de Pontus Hulten, L'Angélus de Daumier.
Soyons clairs : cette ambitieuse exposition ne se visite pas de la même manière qu'une exposition de
peintures, de sculptures, de vidéos ou même d'installations. Il n'y pas véritablement d'oeuvres d'art ici (ou
presque). Ce qui est œuvre d'art, c'est l'exposition toute entière, la manière dont elle repense le musée,
le lien avec l'institution, la valeur relative de l'objet. Il y a donc lieu de la prendre en la contextualisant et
se reportant au petit guide de visite bien fait qui est distribué à l'entrée. Et il ne faut pas oublier non plus
l'humour qui la sous-tend et l'empêche toujours de la faire tomber dans la théorie verbeuse. Alors on pourra
prendre un vrai plaisir à ce parcours singulier, où la poésie affleure à chaque instant et qui est l'œuvre d'un
artiste unique, qui échappe à tous les dogmes et à toutes les écoles.
-Marcel Broodthaers, Musée d'Art Moderne – Département des Aigles, jusqu'au 5 juillet à la Monnaie de
Paris, 11 quai de Conti 75006 Paris (www.monnaiedeparis.fr)
Images : vues de l'exposition de Marcel Broodthaers, Musée d'Art Moderne – Département des Aigles
(Section des Figures, Monsieur Teste, Section Financière) à la Monnaie de Paris © André Morin
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EXPOSITION
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08
LE QUOTIDIEN DE L’ART | MERCREDI 22 AVRIL 2015 NUMÉRO 818
MUSÉE D’ART MODERNE — DÉPARTEMENT DES AIGLES.
MARCEL BROODTHAERS – Monnaie de Paris, Paris 6 e
Jusqu’au 5 juillet
Marcel Broodthaers, portrait
en gardien du musée
L’artiste belge Marcel Broodthaers (1924-1976) a beaucoup
questionné le rôle de l’institution muséale, jusqu’à concevoir un
Musée d’art moderne - Département des Aigles. La Monnaie de
Paris rouvre le dossier._Par Emmanuelle Lequeux
Marcel Broodthaers,
1972.
© Maria Gilissen.
C’est une simple malle d’osier
qui accueille le visiteur, en haut
des marches du grand escalier de la
Monnaie de Paris. Un objet presque
oublié, anodin. Et pourtant, une
véritable boîte de Pandore : à l’image
de son créateur Marcel Broodthaers,
qui l’a présentée en 1975 pour sa
dernière exposition, à l’hôtel de
Rothschild [à Paris], elle ouvre sous
son apparence anodine des abîmes de
pensée, des océans d’imagerie. Car,
comme l’avouait alors l’artiste, cette
malle « contient des messages à (lui)
confiés par l’État d’un autre hémisphère.
Ils sont cachés là selon les principes de
la Lettre Volée et du Manuscrit trouvé
dans une bouteille ». Message aussi
évident que crypté : à l’image de
cette exposition extraordinairement
exigeante, née d’un travail d’enquête
dans les archives et les méandres du
cerveau de l’artiste belge digne, lui
aussi, d’une nouvelle d’Edgar Poe.
Le visiteur doit donc se déguiser en
fin limier, pour pénétrer dans cet
univers rarement présenté dans une
telle complétude, notamment grâce à
la complicité de la veuve de l’artiste,
décédé en 1976. On y part (et s’y
perd) sur les traces d’un poète, mais
de ceux qui savaient soumettre ses mots et son encre à l’érosion de la pluie,
comme le montre ici un de ses chefs-d’œuvre de court-métrage. Un peintre du
monde moderne, dont sont présentés les poèmes spatialisés, composés comme
des « eaux et gaz à tous les étages » sur des plaques de plastique embouti.
On s’y lance (et s’y perd, plus encore), sur les pas d’un doux utopiste, qui se
rêvait en conservateur d’un musée unique au monde : le Musée d’Art Moderne
– Département des Aigles, le grand œuvre de toute sa vie, rêvé dès 1968 et
exceptionnellement reconstitué ici après avoir connu plusieurs étapes. Au
fil de l’ardue balade (ardue comme se savoure un poème de Mallarmé, son
maître en coup de dés, inventeur selon lui « de l’espace moderne et contemporain
de l’art »), se déploient ainsi différentes sections. Celle du XIXe, avec ses
diapositives de toiles ingresques projetées sur une caisse de bois, autre boîte de
LE VISITEUR
DOIT DONC
SE DÉGUISER
EN FIN LIMIER,
POUR PÉNÉTRER
DANS CET
UNIVERS
RAREMENT
PRÉSENTÉ DANS
UNE TELLE
COMPLÉTUDE
/…
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09
EXPOSITION
LE QUOTIDIEN DE L’ART | MERCREDI 22 AVRIL 2015 NUMÉRO 818
Pandore. Mais aussi la Section des Figures, qui nécessita
trois années de recherche avant de fourmiller aujourd’hui de mille objets
sous vitrine, du casque à la broche ou la bouteille, tous affublés de l’effigie de
l’aigle qui donne son nom au musée, et d’un cartel des plus magrittien : « Ceci
n’est pas une œuvre d’art. N°… ». Pour comprendre cette profusion, il faut
se souvenir que nous avons auparavant pénétré, en prélude, dans un jardin
SUITE DE LA PAGE 08
MA R CE L
BROOD THA E R S,
PORT RAI T E N
GA RD IE N DU
MUS É E
Marcel Broodthaers, Les
Portes du Musée d’Art
Moderne, Les Aigles,
Section XIXe siècle,
1969, plaque en
plastique embouti,
220 x 180 cm.
© Estate Marcel
Broodthaers.
Marcel Broodthaers,
Département des Aigles
(David - Ingres Wiertz - Courbet),
1968, plaque en
plastique embouti,
85,5 x 120 cm.
© Estate Marcel
Broodthaers.
Marcel Broodthaers,
La Salle Blanche, 1975,
bois, photographies,
ampoule, inscriptions
peintes, corde,
390 x 336 x 658 cm.
© Estate Marcel
Broodthaers.
d’hiver, avec ses micro-palmiers domestiques et ses reproductions de gravures
orientalistes anglaises, qui donne le la de l’exposition. Et rappelle combien
cet artiste essentiel était pionnier dans sa réflexion sur la notion de display et
d’exposition, aujourd’hui explorée par Pierre Huyghe, Philippe Parreno & Co,
et sur la mise en crise de l’institution. Marcel Broodthaers mérite amplement
qu’on lui rende aujourd’hui la monnaie de sa pièce, que Chiara Parisi,
directeur des programmes culturels et commissaire de l’exposition, fait tinter à
merveille.
MUSÉE D’ART MODERNE - DÉPARTEMENT DES AIGLES. MARCEL BROODTHAERS,
jusqu’au 5 juillet, Monnaie de Paris, 11, quai de Conti, 75006 Paris, tél. 01 40 46 56 66,
www.monnaiedeparis.fr
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Marcel Broodthaers, star du printemps
ABONNÉS
GUY DUPLAT>ENVOYÉ SPÉCIAL À PARIS Publié le mercredi 22 avril 2015 à 19h12 - Mis à jour le mercredi
22 avril 2015 à 19h12
ARTS VISUELS
Marcel Broodthaers (1924-1976) en eut souri. Voilà son "musée" installé dans un des lieux les
plus prestigieux de Paris : la "Monnaie de Paris", la plus vieille entreprise du monde où on
frappe la monnaie depuis 1150 ans. Située le long de la Seine, sur le quai Conti, en face du
Louvre, ses prestigieux salons XVIIIe siècle abritent désormais des expositions réputées
"impossibles".
Après avoir ouvert avec "le concerto pour (vrais) hélicoptères" de Stockhausen et l’expo
McCarthy, avec dans les salons une vraie chocolaterie avec ouvrières et production, elle offre
aujourd’hui le "musée d’art moderne, département des aigles" de Broodthaers, une œuvre
qualifiée par Chiara Parisi, la directrice artistique de "fondatrice de l’art du XXe siècle". L’expo
a demandé trois ans de travail, mené avec la veuve de l’artiste, Maria Gilissen, et la fille de
Broodthaers, Marie-Puck.
On pénètre dans la Monnaie par un escalier monumental et un tapis rouge sur lequel est posé
la malle en osier de Broodthaers. On traverse son "jardin d’hiver", son "oasis dans le désert",
rempli de palmiers, de sièges de jardin et de reproductions d’animaux exotiques, un "décor"
montrant que le musée est un lieu de promenade.
Broodthaers, né à Saint-Gilles en 1924, se voulait d’abord poète (ce qu’il restera toute sa vie),
admirant Mallarmé et Baudelaire, comme Magritte. Il publie quelques recueils, fait des films,
des performances. Mais il reste mécontent, écrit-il dans sa célèbre invitation de 1964 : "Moi
aussi, je me suis demandé si je ne pouvais pas vendre quelque chose et réussir dans la vie.
Cela fait un moment que je ne suis bon à rien. Je suis âgé de quarante ans. L’idée d’enfin
inventer quelque chose d’insincère me traversa l’esprit et je me mis aussitôt au travail."
La suite à découvrir dans la Sélection LaLibre.be (seulement 4.83€ par mois)
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MARCEL BROODTHAERS, « MUSEE D’ART MODERNE –
DEPARTEMENT DES AIGLES , A LA MONNAIE DE PARIS
Marcel Broodthaers :Musée d'art moderne – département des Aigles / Monnaie de Paris, 11 quai de
Conti Paris 6e / 18 avril – 5 juillet 2015.
Moi aussi, je me suis demandé si je ne pouvais pas vendre quelque chose et réussir dans la vie. Cela fait
un moment déjà que je ne suis bon à rien. Je suis âgé de quarante ans… L'idée enfin d'inventer quelque
chose d'insincère me traversa l'esprit et je me mis aussitôt au travail. Marcel Broodthaers, Bruxelles, 1964
La Monnaie de Paris présente du 18 avril au 5 juillet 2015, le Musée d'Art Moderne–Département des Aigles,
certainement l'oeuvre la plus iconique de Marcel Broodthaers, sous le commissariat de Chiara Parisi en
collaboration avec Maria Gilissen Broodthaers.
Après avoir présenté Quatuor à cordes pour Hélicoptères de Stockhausen lors de la Nuit Blanche 2013
puis, à l'occasion de sa réouverture partielle en octobre dernier, la Chocolate Factory de Paul McCarthy, la
Monnaie de Paris permet, une nouvelle fois, au public de découvrir un projet artistique réputé « impossible ».
Cette exposition offre aux visiteurs l'occasion de revivre une expérience artistique unique, avec une oeuvre
considérée comme fondatrice dans l'Histoire de l'art du XXème siècle.
Dès le début de sa carrière d'artiste, Marcel Broodthaers établit un rapport très clair entre l'oeuvre d'art en
tant que telle et sa valeur financière. Selon lui, l'art est devenu un acteur de l'économie. La réflexion de
cet artiste, qui avait posé ces questionnements dans les années 1960, résonne tout particulièrement à la
Monnaie de Paris qui depuis douze siècles « fabrique » l'argent des Français et d'autres pays. Dans ce
lieu où se rassemblent la monnaie courante, la monnaie de collection et les expositions d'art contemporain,
la présence de l'oeuvre de Marcel Broodthaers permet de s'interroger sur le rôle fondateur de l'art dans la
société contemporaine.
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Historique, cette exposition construite autour du projet majeur de Broodthaers, le Musée d'art Moderne –
Département des Aigles (1968-1972) est le fruit d'un travail de recherche de plusieurs années mené par la
Monnaie de Paris en lien étroit avec Maria Gilissen Broodthaers et Marie Puck Broodthaers. Ces recherches
ont mobilisé de très nombreuses collections publiques et privées pour reconstituer, à la Monnaie de Paris, le
Musée d'art Moderne – Département des Aigles, non pas dans son intégralité (cela trahirait le projet original
de l'artiste), mais dans sa forme la plus accomplie, la plus aboutie qui n'est jamais été présentée à ce jour.
Musée d'Art Moderne Département des Aigles
Marcel Broodthaers témoigne des changements profonds de l'art au XXème siècle : l'oeuvre qui naît
d'un double renoncement au matériau initial, la peinture, et au mythe d'une identité toute faite, celle de
l'authenticité artistique. C'est dans ce contexte qu'est né le « Musée d'Art Moderne », dans une discussion
autour du « musée comme institution imaginaire, idée fixe, principe d'ordre ou temple d'artistes.
Les années 1970-1971 marquent un tournant dans l'histoire du Musée qui est déclaré « à vendre pour cause
de faillite », Marcel Broodthaers poursuit ainsi sa réflexion entre l'art, l'institution du musée et le marché de
l'art en créant la Section Financière (1971). Elle est composée d'un lingot d'un kilo d'or poinçonné d'un aigle,
vendu pour collecter des fonds au profit du Musée, à un prix calculé au double de la valeur du marché de l'or,
l'augmentation représentant la valeur du lingot en tant qu'objet d'art. C'est dans cette vision d'anticipation
de notre contemporanéité que le lingot d'or présenté ici est celui appartenant à l'artiste Danh Vo (né en
1975 à Bà Rja).
La figure de l'aigle, présente dès la naissance du Musée dans son nom, prend toute sa dimension avec la
Section des Figures. L'Aigle de l'oligocène à nos jours, conçue pour la Staatliche Kunsthalle de Düsseldorf
en 1972. Les détails de cette section sont reconstitués pour la toute première fois à la Monnaie de Paris,
grâce aux prêts des mêmes institutions, collectionneurs, antiquaires qui avaient été contactés à l'époque
par l'artiste dont le Louvre, le Musée Ingres, le Victoria & Albert Museum, le Musée des Arts Décoratifs
de Berlin,…
Dans le Salon d'Honneur de la Monnaie de Paris, la Salle Blanche (1975), est la reconstitution d'une pièce
de la maison rue de la Pépinière où Marcel Broodthaers avait inauguré son Musée dans lequel flottaient les
mots qui ont traversé son travail, ses expériences et sa vie passée entre Bruxelles, Paris et Düsseldorf.
Cette exposition présente, sous le Péristyle, le Balancier d'Austerlitz (1810) que Marcel Broodthaers
souhaitait emprunter à la Monnaie de Paris pour sa Section des Figures. Son poids, 2,1 tonnes, l'obligea à
se contenter de photographies qui ont également été inclues dans la Section Publicité (1972).
L'exposition est complétée par un happening. Le jour de l'inauguration, face à l'île de la Cité, une péniche
remonte la Seine, de la même manière qu'en 1971 Marcel Broodthaers avait pensé lui faire remonter le
Rhin avec du matériel et des oeuvres d'art pour être déchargés et trouver une place dans l'exposition.
Le Musée d'Art Moderne – Département des Aigles à la Monnaie de Paris est accompagné de la publication
du recueil de dessins (1971) de l'artiste, Le Catalogue des Monnaies en édition limitée et numérotée,
ainsi que du Hors-série Beaux Arts magazine consacré à l'exposition avec notamment la participation de
Bernard Blistène, Nicolas Bourriaud et Alfred Pacquement, ainsi qu'une conversation entre Maria Gilissen
Broodthaers et Chiara Parisi. A cette occasion, une médaille et une mini-médaille sont également frappées
dans les Ateliers de la Monnaie de Paris, inspirées d'oeuvres de Marcel Broodthaers.
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Marcel Broodthaers à la Monnaie de Paris.
L’exposition Marcel Broodthaers à la Monnaie de Paris ouvre ses portes aujourd’hui, mais culturecommunication.fr a eu la chance de la découvrir en avant-première lors d’une soirée dédiée aux blogueurs,
instagramers et autres reporters 2.0. Rendez-vous était donné le mercredi 15 avril à 19h, à la Monnaie
toujours en pleine « métaLmorphose ».
Une visite guidée était proposée à chaque invité, par groupe de deux ou trois. Ce format, très agréable, a
favorisé les discussions et les échanges sur l’œuvre fascinante de Marcel Broodthaers avec la médiatrice
qui nous accompagnait.
Petit conseil : n’hésitez pas, après ou pendant votre découverte de l’exposition, discutez avec l’un des
médiateurs de l’équipe « Monnaie d’échange » présent sur place pendant toute la durée de l’exposition.
Marcel Broodthaers, portrait.
Commençons par une chose très prosaïque, comment prononce t-on le nom de cet artiste belge né en
1924 ? La réponse ici
Ce problème phonétique étant maintenant réglé, intéressons-nous à ce poète / photographe / réalisateur de
films / plasticien. Il est difficile de mettre une étiquette sur cet homme dont le principal projet fut de bousculer
le monde de l’art et de remettre en cause le système d’échanges existant entre l’art, comme institution
muséographique, politique, économique et le public.
En 1964, il plante dans du plâtre cinquante exemplaires de son dernier recueil de poésie (rendant au
passage impossible sa lecture) et expose cette première création à la galerie Saint-Laurent à Bruxelles.
Il déclare sur le carton d’invitation :
« Moi aussi je me suis demandé si je ne pouvais pas vendre quelque chose et réussir dans la vie. Cela fait
un moment déjà que je ne suis bon à rien. Je suis âgé de quarante ans…
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L’idée enfin d’inventer quelque chose d’insincère me traversa l’esprit et je me mis aussitôt au travail. »
Marcel Broodthaers , 1968
Dès le début, son œuvre est marqué par l’humour et l’ironie ainsi que par un jeu constant entre l’art et sa
représentation, entre la notion d’original et de copie, entre fiction et réalité. Quatre ans plus tard, en 1968,
avec la création d’un musée fictif, l’artiste s’oriente définitivement vers l’art conceptuel. Le Musée d’art
moderne – Département des Aigles est né…
« Ô mélancolie, Aigre château des Aigles… » Ceci n’est pas un musée.
D’abord créé dans son appartement, ce musée est composé de cartes postales, de projections de
diapositives, de caisses pour le transport des œuvres et même des camions garés dans les rues voisines.
Marcel Broodthaers est le directeur et le conservateur de ce musée atypique.
Ce musée, d’un nouveau genre, fonctionne comme une vraie institution culturelle avec des vernissages,
des prêts d’œuvre etc. Le musée connaît son apothéose, lorsqu’est exposé à la Kunsthalle de Düsseldorf,
la Section des figures, où sont rassemblés trois cents objets de plusieurs pays et de différentes époques
représentant des aigles. Devant chaque ensemble est posé un cartel indiquant « Ceci n’est pas une œuvre
d’art ».
Après trois ans de recherches et grâce à une approche intuitive de l’œuvre de Marcel Broodthaers (et de
son histoire avec son épouse Marie Gilissen), la Monnaie de Paris présente, du 18 avril au 5 juillet 2015,
« des détails » de la section majeur de ce musée fictif et réel à la fois. Les mêmes collectionneurs, prêteurs,
antiquaires, institutions ont été sollicités pour recréer et proposer cette exposition « impossible ».
Les 5 œuvres frappantes de l’exposition
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1. Balancier d’Austerlitz, 1810 Bronze, fonte de fer, fer forgé. Collection Monnaie de Paris.
Dans le vestibule est présenté le Balancier d’Austerlitz que l’artiste souhaitait emprunter à la Monnaie de
Paris pour sa Section Figures en 1972. Son poids (2,1 Tonnes) avait rendu le prêt impossible…
2. Un jardin d’hiver II, 1974. Une vingtaine de palmier, 6 agrandissements photographiques de gravure du
XIXème siècle encadrés, 16 chaises pliantes, projection sur écran du film Un jardin d’hiver (A,B,C), 1974,
couleur, son, 7’ . Estate M.Broodthaers.
En recréant Jardin d’hiver II et en y projetant un film présentant sa version de 1974, l’exposition entraine
le visiteur sur le chemin du double, de la réplique et de la mise en abyme. C’est dans ce décor que nous
avons interviewé Chiara Parisi, Directrice des programmes culturels et commissaire de l’exposition.
3. La Section des Figures.
Der Adler vom Oligozän bis heute ( l’Aigle de l’oligocène à nos jours), 1972 (détails). Département des
Aigles.
« Le nom Département des Aigles est née d’un poème, un très vieux poème que j’avais écrit et retrouvé
(…) C’est un souvenir littéraire. »
Entretien entre Marcel Broodthaers et Ludo Bekkers, décembre 1969
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Des œuvres de Richter, Polke, Hamilton et Klapheck sont présentées avec plus de quatre cent autres objets
hétéroclites (cigare, bouteille de bière, petite machine à coudre etc.). L’accumulation et la surreprésentation
de l’image de l’aigle ont pour but de démythifier et de
« déloger cette allégorie du pouvoir du ciel imaginaire où il loge depuis des siècles et nous menace de
sa foudre ».
Marcel Broodthaers , 1972
« Ceci n’est pas une œuvre d’art. N°… »
Cette déclaration est bien-sûr une référence à l’autre Marcel…
Le ready-made de Marcel Duchamp est bien cité ici mais il est en surtout renversé. L’objet manufacturé
n’est pas de l’art et qu’importe l’intervention créatrice de l’artiste.
et à un autre artiste belge…
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Date : 18/04/2015
Heure : 10:21:40
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Dynamisme : 971
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4. La Section Financière,1971
« Il ne faut pas se sentir vendu avant d’avoir été acheté ».
Marcel Broodthaers , 1972
Le jeu des poupées russes continue car ce lingot est celui de Marcel Broodthaers acheté par l’artiste Danh
Vo et frappé de l’aigle dans les ateliers de la Monnaie de Paris. Comme Broodthaers, Danh Vo inclut la
collection et commissariat d’exposition dans sa création artistique.
Ce lingot devait permettre de collecter des fonds au profit du musée de Marcel Broodthaers. Son prix avait
été calculé au double de la valeur du marché de l’or… L’augmentation représentant la valeur du lingot en
tant qu’objet d’art !
5. Cinéma Modèle (programme La Fontaine), 1970 Projection de 5 films
Ces films montrent la pratique réaliste et poétique du cinéma de Marcel Broodthaers. Il joue sur les mots,
les objets, les images et les idées.
Le cinéma est pour lui « un prolongement du langage » qui rend hommage à la fois La Fontaine, Schwitters,
Magritte, Baudelaire et Mallarmé.
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Épilogue. De la fiction à la réalité
Voyant que la fiction devenait de plus en plus réelle et que la critique du système artistique qu’il avait créé
était devenu elle-même un système, Broodthaers décide de fermer le musée en 1972. Lors de sa conférence
de presse, il déclare :
« Une fiction permet de saisir la vérité et en même temps ce qu’elle cache. »
Le lien entre l’œuvre de Broodthaers et la Monnaie de Paris n’est pas uniquement formel car la Monnaie de
Paris s’interroge aussi sur ses collections et son parcours muséographique qui ouvrira en 2016. C’est l’un
des nombreux liens que l’on pourra trouver en visitant cette exposition subtile et drôle.
Bonus…
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Date : 18/04/2015
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En bonus, l’ interview de Chiara Parisi, Directrice des programmes culturels et commissaire de l’exposition
qui nous parle de son parcours, de l’exposition Broodthaers, du lien entre la Monnaie de Paris et l’art
contemporain, du numérique dans la création contemporaine et du programme à venir … Rien que ça !
Pour un confort d’écoute, il est recommandé de mettre des écouteurs.
Vidéo : http://player.vimeo.com/video/125247126?title=1&byline=1&portrait=0&fullscreen=1
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MONNAIES2 244474441
Date : 19/04/2015
Heure : 23:04:14
Journaliste : JUDITH BENHAMOU
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Dynamisme : 5
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Trois grands de l’art contemporain à Paris : Bruce Nauman,
Marcel Broodthaers, Wolfgang Tillmans :
DIAPORAMA: http://blogs.lesechos.fr/judith-benhamou-huet/trois-grands-de-l-art-contemporain-a-parisbruce-nauman-marcel-a15319.html
Paris expose en ce moment le travail de plusieurs artistes de grande qualité.
Pour ceux qui auront eu la chance de voir la rétrospective de Bruce Nauman ( né en 1941) en 1995 au
Moma, il est clair que cet artiste américain a invité beaucoup de choses avant tout le monde. En vidéo, au
néon, dans l’usage du son, dans l’expression de l’émotion aiguë… Bruce Nauman est un grand maître. La
fondation Cartier présente une toute petite parcelle de son travail jusqu’au 12 juin. C’est toujours mieux que
rien. En vieillissant Nauman est devenu plus contemplatif et ses dernières vidéo et installation au rez-dechaussée sont moins convaincantes. Cela dit au sous-sol on est pris par la maestria de ses deux œuvres
plus anciennes. Le tourniquet de ces animaux figés qui laisse une trainée au sol est l’incarnation d’une
douleur universelle. Comme une allégorie d’une grande férocité humaine. D’autant que dans le même temps
près de là un personnage projeté en très grand éructe un cri atroce. A tel point que la jeune fille qui garde
la salle porte un casque d’insonorisation. Regardez la vidéo : https://youtu.be/eMm0pzzWxMg.
Dans la salle suivante deux grands écrans projettent des sortes d’horloges géantes dont le temps est scandé
par des corps de femmes. L’homme porte les traces du passage du temps. Regardez : https://youtu.be/
cZtdrzJwQEE
Cette semaine était inaugurée l’exposition à l’hôtel de la Monnaie d’un artiste important, le belge Marcel
Broodthaers ( 1924-1976). Le point de départ significatif de sa carrière commence avec une déclaration
claire sur le système de reconnaissance dans l’art en 1964 : « Moi aussi , je me suis demandé si je ne
pouvais pas vendre quelque chose et réussir dans la vie. Cela fait un moment déjà que je ne suis bon à
rien. Je suis âgé de quarante ans. L’idée enfin d’inventer quelque chose d’insincère me traversa l’esprit et je
me mis aussitôt au travail ». Les années 60 sont comme le début du XXe siècle :des années déclaratives.
Broodthaers déclare que plutôt de tenter d’appartenir à l’institution il va lui même créer l’institution. Il va créer
un musée : « Le musée d’art moderne, département des Aigles ». L’insincérité déclarée mène évidemment
à la sincérité tout comme le péché avoué est à moitié pardonné... Broodthaers est un cynique officiel
donc suspecté de non cynisme. Du coup son musée est plein d’esprit, de charmes, de rebondissements
et d’humour comme le montre l’exposition de l’Hôtel de la Monnaie. Sur la question du cynisme et de la
dérision voire l’amusante installation d’un petit monsieur chauve dans un environnement de bord de mer
qui lit son journal. Il l’a baptisé « Monsieur Teste » du nom du roman fameux de Paul Valery qui servit
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MONNAIES2 244569446
Date : 19/04/2015
Heure : 23:04:14
Journaliste : JUDITH BENHAMOU
blogs.lesechos.fr
Pays : France
Dynamisme : 5
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de modèleà André Breton sur la prise de distance intellectuelle vis à vis de l’œuvre. L’exposition pèche
cependant vraiment par manque d’explications. On est propulsé tout nu dans cet univers. Il est conseillé
de se renseigner avant la visite.
Enfin depuis samedi dernier la galerie Chantal Crousel présente le nouveau travail d u très talentueux
allemand Wolfgang Tillmans ( né en 1968). Il avait été l’objet d’une excellente rétrospective en 2013 au
festival de la photo à Arles. Tillmans fait des photos qui semblent dérisoires ( il les accroche souvent au mur
avec des épingles) sur des sujets qui semblent dérisoires. Dans mon esprit son travail ressemble un peu
aux pierres de rêves collectionnées et affectionnées comme un instrument de méditation par les chinois
lettrés. On trouve partout beauté et poésie tout dépendant de l’angle de vue, du regardeur comme de la
coupe de la pierre. Cependant cette exposition principalement consacrée à des images abstraites en noir
et blanc est très difficile d’accès. Et le texte qui accompagne l’accrochage n’est pas là pour aider. Reste une
photo en grand format d’un arbre victime d’une tempête. Un arbre massacré. Par son esprit cette image
ressemble au carrousel des animaux pendus de Bruce Nauman. L’expression de la douleur profonde peut
prendre de multiples chemins, tout aussi expressifs. Surtout lorsque les artistes ont ce talent là.
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MONNAIES2 244569446
Date : 20/04/2015
Heure : 13:28:17
Journaliste : Mikaël Demets
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Marcel Broodthaers : Musée d'Art moderne, département des
aigles
Monnaie de Paris, Saint-Germain-des-Prés Jusqu'au samedi 4 juillet 2015
Vous n'aimez plus les expositions que vous voyez ? Alors, faites comme Marcel Broodthaers : ouvrez
votre propre musée. Chez vous. En 1968, le Belge se proclame directeur et conservateur de l'institution
qu'il inaugure à Bruxelles. De la même manière que Duchamp décrétait que « ceci est une œuvre d'art »,
Broodthaers, avec un humour qui rappelle beaucoup celui de son ami Magritte, décrète que « ceci est un
musée », à domicile donc. Cartes postales de peintures du XIXe scotchées au mur, films expérimentaux,
cadres sans toile forment ce temple de l'art moderne pas comme les autres, qui possède même une pièce
vide, la « Salle blanche », recouverte de mots liés au travail d’artiste. Sans oublier les aigles, beaucoup
d'aigles : des dizaines d'objets épars, emballages de cigares, képis militaires ou statues, tous ornés du fier
rapace, allégorie du pouvoir et de l'impérialisme.
Aussi drôle que poétique, son musée (reconstitué par la Monnaie de Paris suite à un long travail de
recherche), qu'il fermera au bout de quatre ans, revient sur les questions essentielles que se pose l'art
depuis le début des années 1960 : qu'est-ce qu'une œuvre d'art ? Comment le musée influence-t-il le
regard des spectateurs ? De quelle manière la dimension économique de l'art corrompt-elle l'œuvre ? Le
grand talent de Marcel Broodthaers, c'est d'avoir été au bout de son musée fictif, poussant son idée dans
ses retranchements et réfléchissant aux moindres détails. Il va ainsi jusqu'à concevoir une signalétique
précise (heures d'ouverture, interdiction aux enfants, cartels absurdes), imaginer des branches pour chaque
domaine de compétence (la Section publicité par exemple) et, même, anticiper la chute de son château de
cartes. En 1971, il proclame en effet le musée « à vendre pour cause de faillite », créant pour l'occasion
la Section financière qui produit des lingots d'or d'un kilo, vendus au double de leur valeur – les 100 %
d'inflation du prix du lingot correspondant, évidemment, à la valeur de l'art. Une provocation encore plus
piquante quand on pense que, de l'autre côté de la Seine, les toutous clinquants de Jeff Koons ont pris
possession du Centre Pompidou depuis le mois de novembre.
Tous les jours de 11h à 19h, nocturne le jeudi jusqu'à 22h.
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MONNAIES2 244605805